Les poubelles, ça déborde ! Alors que la France se lance seulement dans
une campagne de sensibilisation sur les déchets, des villes et des
régions ont déjà réduit les ordures ménagères de façon spectaculaire.
370kg d'ordures ménagères par habitant à enfouir ou incinérer en 1990,
103kg actuellement. Alors que la France croule sous les déchets et vit
leur accroissement constant comme une fatalité, s'acharnant à construire
des incinérateurs de plus en plus puissants pour les brûler, il s'est
trouvé quelques irréductibles, en Alsace, pour refuser ce diktat. Et ça
a marché. Dans la communauté de communes de la Porte d'Alsace, 68% du
contenu des poubelles échappent à l'incinération et à la décharge : 22%
se transforment en compost, 46% en matières recyclées. Des résultats à
comparer à la moyenne nationale: 6% de compostage, 12% de recyclage, 82%
en incinérateur ou en centre de stockage. Pourtant, le contenu d'une
poubelle type est édifiant: 29% de putrescibles, 25% de papier carton,
13% de verre, 11% de plastique, 4% de métaux et 18% de divers. Soit,
grosso modo, 30% de compostables et 50% de recyclables. Les communes
françaises en sont très loin, et la plupart des plans départementaux
d'élimination des déchets misent sur une augmentation des capacités
d'incinération plutôt que sur une réduction drastique des quantités à
brûler. Une politique à des années-lumière de ce qui se fait ailleurs.
La présidente de l'UFC-Que Choisir de Mont-de-Marsan a le sourire. Le
plan départemental de prévention des déchets, «le premier de France», a
tenu à souligner Henri Emmanuelli, président du conseil général des
Landes, en le présentant à la presse fin septembre, elle y est pour
beaucoup. Quand la révision du plan d'élimination des déchets ménagers a
commencé, ça n'allait pas de soi. UFC-Que Choisir et associations
environnementales avaient dû batailler. Mais la persévérance a payé, et
le nouveau slogan départemental «Moins de déchets en pays landais» se
veut résolument volontariste. Augmentation du compostage, avec un
objectif de 50% de foyers équipés en habitat individuel, mise à
disposition d'un autocollant «Non à la pub» pour les boîtes aux lettres,
suppression des sacs de caisse plastique, encouragement des entreprises
à l'écoconception, incitation à la réutilisation et à la réparation avec
un guide des bonnes adresses, récupération des déchets toxiques ou
dangereux, guide de la consommation responsable avec 10 gestes à la
portée de tous, les actions concrètes pour réduire les ordures ménagères
sont au rendez-vous. Le plan départemental d'élimination des déchets des
Landes prévoit malgré tout une augmentation des capacités
d'incinération. Cherchez l'erreur...
Zéro déchet, autrement dit zéro enfouissement et zéro incinération,
c'est le mot d'ordre lancé dès les années quatre-vingt-dix dans des
villes aussi diverses que Toronto ou Halifax au Canada, San José ou
Boston aux États-Unis, Canberra en Australie, les communes de
Nouvelle-Zélande ou encore la Belgique. Le point commun à ces politiques
volontaristes ? La fermeture des décharges associée à un refus clair et
net de l'incinération par les populations locales. Réduction des
quantités, réutilisation, recyclage, compostage, ce sont donc les idées
force de toutes ces stratégies, quel que soit le lieu. La région
d'Halifax a prévu de détourner 88% de ses déchets de la décharge via le
compostage et le recyclage. Quatre ans après le démarrage du programme,
elle est à 60%. Toujours au Canada, la ville d'Edmonton soustrait 70% de
ses ordures de la décharge et de l'incinération. En Nouvelle-Zélande, le
taux moyen de détournement se situe entre 50 et 60%, les collectivités
les plus avancées parvenant même à 85%. En Finlande, la capitale
Helsinki composte et recycle à 55%. Sur la totalité de son territoire,
métropoles et zones rurales comprises, l'État de Californie a atteint
47% en quelques années. En Belgique, la région flamande s'est fixé des
priorités dès les années quatre-vingt-dix: réduire les quantités de
déchets, réutiliser un maximum de biens, composter et recycler, enfin,
incinérer les déchets résiduels. Avec une densité de population de
434hab/km2 et de l'habitat collectif, ce n'était pas gagné d'avance.
Pourtant, la région atteint aujourd'hui des taux de valorisation matière
exceptionnels:70% des déchets échappent à l'incinération. Une réussite
qui ne doit rien au hasard. Depuis 1991, la région taxe les villes qui
en produisent beaucoup. Comme le seuil d'exonération diminue d'année en
année, réduire les quantités s'impose. En échange, la région prélève des
taxes sur la mise en décharge et l'incinération pour les redistribuer
aux communes qui misent sur la prévention. De leur côté, les industriels
financent à 100% l'élimination des appareils électriques et
électroniques usagés, des piles, des médicaments, des véhicules hors
d'usage, du papier, des pneus, tout comme les déchets d'emballage
(contre 35% en France); et les ménages sont assujettis à une redevance
variable basée sur le principe du «moins je jette, moins je paie».
Résultat, le tri est très poussé et 34% des foyers font du compost, y
compris en habitat collectif où des pavillons à compost sont installés.
La Wallonie n'est pas en reste. À Havelange, une commune de 5000
habitants, les actions de sensibilisation, l'aide au compostage et le
passage aux sacs payants ont convaincu les usagers en un temps record.
Les quantités d'ordures collectées ont diminué de 53% en une année.
Des réussites spectaculaires qui ont bien du mal à franchir la frontière
française. D'ailleurs, le premier plan national de prévention des
déchets n'a vu le jour qu'en... 2004, avec un objectif pour le moins
modeste. La ministre de l'Environnement d'alors, Roselyne Bachelot, ne
prévoyait pas de réduire, mais seulement de stabiliser les quantités
d'ordures ménagères en 2008. En centrant l'action sur les sacs de caisse
et l'autocollant Stop pub, il était d'ailleurs impossible d'espérer
mieux. S'ils constituent un grave problème pour l'environnement et
doivent à ce titre être éliminés au plus vite, les 15milliards de sacs
plastique distribués représentent 0,4% du contenu des poubelles. Quant à
l'autocollant Stop pub, lui aussi fort utile, il était prévu qu'il
intéresse 5% des ménages, soit 0,2% de déchets en moins à l'échelle
nationale!
Acheter malin, c'est jeter moins et... dépenser moins. Dans le cadre
d'un programme sur la réduction des déchets, la communauté urbaine de
Lille vient d'en faire la démonstration éclatante en faisant les courses
dans un hypermarché. Deux Caddie ont été remplis, l'un de produits
choisis sans souci écologique, l'autre avec l'équivalent, c'est-à-dire à
qualité égale au sein d'une même marque, en ayant le souci de minimiser
les emballages. Résultat, le Caddie ordinaire générait 3,49kg de déchets
et coûtait 87,70 euros quand le Caddie malin en faisait 1,68kg pour un
prix de 54,72 euros. La différence? Le vrac, les grands
conditionnements, les écorecharges, le rayon à la coupe, l'oubli du
jetable, du portionnable, des suremballages.
Lors des récentes assises nationales des déchets, en septembre dernier,
la nouvelle ministre de l'Écologie, Nelly Olin, a mis la barre un peu
plus haut. Le compostage individuel et la réutilisation seront
encouragés dès 2006. Dans cinq ans, la part d'ordures ménagères
incinérées ou mises en décharge serait ramenée de 82 à 70%. Un objectif
salutaire mais très insuffisant. À elle seule, la généralisation du
compostage permettrait de l'atteindre. Plus grave, aucun objectif
chiffré de réduction des quantités de déchets n'est fixé. Or, c'est
l'enjeu essentiel dans un contexte de production d'ordures qui reste à
la hausse (+1,2% par an) et de coûts de traitement en constante
progression.
Alors, pourquoi une telle frilosité? À cause de l'incinération,
répondent en choeur les associations écologistes. De fait, ce procédé
semble bel et bien l'ennemi de la réduction, comme l'ont expliqué les
spécialistes étrangers des politiques zéro déchet réunis en congrès à
Paris l'an passé. «Construire un incinérateur, soulignait l'expert
californien Gary Liss, entraîne un engagement de la collectivité à
l'alimenter, ce qui va à l'encontre de toute stratégie de réduction de
la production et de recyclage des déchets. Les contrats des opérateurs
sont en effet basés sur des tonnages entrants et sur le long terme.»
Autre effet pervers de l'incinération dans une optique zéro déchet, elle
est incompatible avec un tri des matériaux poussé. En France, la
communauté de communes de la Porte d'Alsace en a fait l'amère
expérience. Hors encombrants, une fois les ordures ménagères compostées,
recyclées, il en restait 28% à éliminer, qui finissaient en décharge.
Jusqu'au moment où le conseil général du Haut-Rhin a imposé
l'incinération. Ces Alsaciens, qui restent malgré tout champions du tri,
ont eu une drôle de surprise. Il leur a fallu réintégrer des plastiques
triés dans la poubelle destinée à l'incinérateur! «Sans le vouloir, les
14000 habitants de notre communauté de communes ont démontré que la
réduction à la source et le tri pour valorisation matière sont
incompatibles avec l'incinération, souligne Dany Dietmann, le maire
environnementaliste de Manspach, qui fut à l'origine de cette gestion
des déchets ménagers sans équivalent dans l'Hexagone. Sans papier, sans
carton, sans plastique et sans fermentescibles, les déchets brûlent très
mal.» Illustration ubuesque de l'incompatibilité entre une politique de
prévention poussée et l'incinération.
Le coût moyen de la collecte et du traitement des déchets dans la
communauté de communes de la Porte d'Alsace (35 euros par habitant en
2003 contre une moyenne nationale de 71 euros) aurait pu faire
réfléchir. Mais le système adopté, une redevance basée sur la pesée
embarquée, c'est-à-dire directement liée aux quantités collectées par la
benne, reste confidentiel en France. Dans leur immense majorité, les
élus locaux préfèrent prélever un impôt local, la fameuse taxe
d'enlèvement des ordures ménagères qui n'a strictement rien à voir avec
la gestion des déchets. Basée sur le foncier bâti, elle laisse le vrai
coût des déchets dans l'opacité et n'incite en rien à la réduction des
quantités. Entre un tri sélectif que l'on se garde de pousser aux
niveaux atteints à l'étranger pour qu'il reste compatible avec
l'incinération, une fiscalité inadaptée et des objectifs ministériels
peu ambitieux, la réduction des déchets pourrait bien rester lettre
morte si les consommateurs, localement, ne se mobilisent pas.
À 30%, la poubelle est constituée de déchets compostables: restes de
repas, épluchures de légumes et de fruits, pain rassis, sachets de thé
ou marc de café, fleurs fanées et déchets verts de jardin. Les envoyer à
la décharge ou à l'incinérateur constitue une aberration, ils peuvent se
transformer en engrais. La France n'a pas encore lancé de politique
nationale en faveur du compostage, mais certaines collectivités locales
fournissent des composteurs à prix réduit. Renseignez-vous en mairie.
Les citadins qui vivent en appartement n'ont qu'à attendre l'importation
du modèle flamand, avec des pavillons à compost situés à proximité des
immeubles, ou celui de Barcelone, en Espagne, qui a installé des coins
compostage dans les parcs publics.
En poids, les emballages représentent un tiers de la poubelle, en volume
50%. Certains sont indispensables, d'autres parfaitement inutiles.
Refuser les blisters. Ils sont inutiles et, en plus, non recyclés.
Achetez plutôt à l'unité dans les petits magasins qu'en grandes surfaces
sous blister. Les courses de la rentrée scolaire sont particulièrement
instructives à cet égard. La moindre gomme, le moindre Bic sont empaquetés.
Acheter en vrac et à la coupe. C'est supprimer, à plus de 80%, les
emballages des fruits, du fromage, de la viande, des légumes.
Contrairement à beaucoup d'idées reçues, ce n'est pas plus cher que
suremballé en libre-service.
Préférer les écorecharges et les produits concentrés. Attention, un
produit concentré doit être très peu dosé. Tout le bénéfice de la
réduction d'emballage est perdu en cas de surdosage qui multiplie les
achats. Vigilance aussi sur le prix des écorecharges, les hypermarchés
français ont parfois la main lourde.
Éviter le portionnable. La portion de gâteaux que l'on détache tous les
jours pour le goûter des enfants, c'est bien pratique. En termes de
déchets d'emballage non recyclés, c'est dramatique. Dans la région de
Bruxelles, des écoles ont distribué des boîtes à tartines. Un succès :
89% des élèves les utilisent.
Choisir les grands conditionnements. Le paquet de 1kg ou le grand pot
est toujours plus économique et plus écologique que les petites doses.
Rien n'empêche de transférer dans des flacons ou des pots à confiture à
domicile.
Vaisselle, lingettes, appareil photo, stylo, rasoir, filtres à café...
le règne du jetable est partout. L'ennui, c'est qu'il alourdit
sérieusement les poubelles et complique le traitement des déchets. Les
produits jetables alimentent les incinérateurs et les décharges.
Éliminer le jetable, c'est aussi faire de sérieuses économies. En
novembre 2004, à l'occasion d'un test sur les nettoyants ménagers, Que
Choisir avait comparé le coût d'un lavage à la serpillière ou à la
lingette. Utiliser la lingette revient quinze fois plus cher.
Le symbole absolu du jetable, ce sont aussi les fameux sacs de caisse,
sur la sellette depuis que le plan national de prévention a focalisé
l'attention sur eux. Pensez au cabas, au chariot à roulettes, et
n'oubliez pas le sac de courses réutilisable aussi léger qu'un jetable,
qui peut rester dans un sac à main ou se glisser dans une poche, pour
tous les achats imprévus. Cette solution convient d'ailleurs autant aux
achats en pharmacie, en parfumerie, en librairie ou dans n'importe quel
petit magasin qu'en grande distribution....
À Munich, en Allemagne, la fête de la bière générait 11000 tonnes de
déchets. Depuis l'interdiction de la vaisselle jetable, des assiettes en
carton aux gobelets en plastique en passant par les couverts à usage
unique, les ordures collectées sont tombées à 550 tonnes, soit vingt
fois moins. La ville a créé un service de location de vaisselle
réutilisable et de lave-vaisselle. À Nuremberg, il n'est même pas
question de location. Les particuliers peuvent emprunter gratuitement de
la vaisselle réutilisable. Quant aux lieux publics, ils n'acceptent que
les emballages réutilisables et consignés.
Piles rechargeables. Même débarrassées des métaux lourds toxiques que
sont le mercure et le plomb, les piles usagées restent des déchets
polluants difficiles à traiter. Préférez les rechargeables, l'achat d'un
chargeur se rentabilise toujours. Mais la meilleure solution, c'est de
vérifier avant l'achat que l'appareil convoité peut fonctionner sur une
prise de courant.
Ampoules basse consommation. Que Choisir le démontre à chaque test, les
ampoules fluo compactes ont beau être plus chères, elles sont très
économiques à l'usage. La facture d'éclairage est divisée par cinq.
Comme elles tiennent six à dix fois plus longtemps que les ampoules
traditionnelles à incandescence, c'est six à dix fois moins de déchets à
la poubelle.
Matériels réparables. Les grands magasins spécialisés, y compris s'ils
possèdent un service après-vente, préfèrent vendre du neuf plutôt que
réparer. Pour prolonger la durée de vie de ses appareils, mieux vaut se
tourner vers des artisans spécialisés.
450 euros d'économies par an et pas de packs de bouteilles à charrier :
boire de l'eau du robinet, c'est tout bénéfice. Le litre coûte cent à
deux cents fois moins cher qu'en bouteille. Et pour la poubelle, c'est
autant de plastique en moins. En cas de goût de chlore, mettre la carafe
d'eau au réfrigérateur résout le problème. Le seul vrai risque de l'eau
du robinet, c'est une éventuelle pollution par les nitrates ou les
pesticides. Renseignez-vous auprès de votre mairie et du distributeur
d'eau pour connaître les résultats d'analyse. Attention également en cas
de canalisation au plomb, les teneurs au robinet peuvent se révéler très
élevées.
Chaque année, 40kg de prospectus publicitaires non demandés atterrissent
dans chaque boîte aux lettres. Pour l'instant, malgré six ans de
négociations et un projet de décret, ce sont toujours les particuliers
qui paient pour leur élimination. L'autocollant Stop pub permet de les
éviter. Réclamez-le à votre mairie.
Le papier peut être imprimé ou photocopié recto verso et réutilisé s'il
ne l'est que d'un côté. À Bruxelles, l'application de ces consignes dans
les écoles a fait chuter la consommation de papier de 35 à 65% selon les
établissements.
Les spots télé de la campagne sur les déchets ménagers disent vrai, les
poubelles débordent. Mais jeter moins demande de l'attention, tant les
comportements et les habitudes d'achat répondent à d'autres critères.
Les papiers, journaux et magazines se recyclent bien en matière
première. Attention, cependant, ils doivent être triés correctement.
Tout ce qui arrive sous film plastique doit être déballé avant d'aller
dans la poubelle sélective, sinon le centre de tri l'oriente vers les
refus, autrement dit vers le centre de stockage ou l'incinérateur. Dans
les deux cas c'est du gâchis et un surcoût. On paie à la fois la
collecte sélective et le prix de l'incinération ou de la mise en
décharge. L'environnement y perd, la rigueur financière aussi.
Vigilance, aussi, avec les CD, DVD ou échantillons de cosmétiques, de
parfums, scotchés dans les magazines. Comme ils polluent le recyclage,
le centre de tri dirige la revue vers l'incinération. Il est nécessaire
de les détacher des pages.
Elisabeth Chesnais
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Reply #2 on : Tue October 09, 2012, 09:31:19