Arborescence | Paris demande à Bruxelles de restreindre la publication d'études sur les OGM

Paris demande à Bruxelles de restreindre la publication d'études sur les OGM

Le gouvernement français a effectué une démarche à Bruxelles pour restreindre la communication au public des études de risques sanitaires des Organismes génétiquement modifiés, selon une "note des autorités françaises" transmise à l'AFP par Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement.

La note française demande que les "études de toxicité", c'est-à-dire les évaluations des risques d'un OGM pour la santé humaine, généralement faites à partir d'expérimentations animales, soient expressément exclues du domaine public.

La note, qui n'est ni datée ni signée, a été discutée le 19 septembre dans une commission de suivi sur la législation des OGM, où chaque pays-membre est représenté par des hauts fonctionnaires.

La France se réfère dans sa note à un article de la directive de 2001 (2001/18) sur la "dissémination volontaire des OGM dans l'environnement".

Cette législation européenne fixe les conditions dans lesquelles des demandes de culture à l'air libre ou de commercialisation d'un OGM peuvent être faites dans l'Union. Elle prévoit que les études de risques accompagnant le dossier de demande peuvent être communiquées au public.

Toutefois un article spécifie que les informations "dont la divulgation pourrait nuire à la position concurrentielle" de l'entreprise déposant le dossier devront rester confidentielles.

L'association CRII-GEN, dont fait partie Mme Lepage, a demandé la communication d'informations sur un maïs OGM, le Bt 11, en cours d'autorisation dans l'Union.

Les autorités françaises estiment que la communication des études de toxicité peut "entacher la confiance de l'opinion publique" et "nuire à la position concurrentielle de l'entreprise".

La Commission européenne doit prendre position sur la demande française "avant novembre", selon des sources européennes.

Dans un communiqué, Mme Lepage a dénoncé "l'attitude scandaleuse" des autorités françaises.

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Issus d'une pensée qui veut dominer tout ce qui vit sur terre, les OGM remplacent la collaboration de tous avec tous, par la guerre de tous contre tous (1). La recette est simple : " J'introduis un transgène dans une semence qui ne poussera que si le paysan achète les pesticides que je produis, et pratique une agriculture industrielle destinée aux marchés que je domine. Le brevet me donne tous les droits sur la reproduction du transgène capable de transgresser l'intégrité d'autres organismes vivants pour y pénétrer. "


Le bénéfice est immense : " Avec ma semence, le paysan achète mes pesticides, je peux lui imposer par contrat l'acheteur de sa récolte, je peux lui interdire de ressemer une partie de sa récolte ou lui imposer le paiement de royalties. Quittant son champ, mon transgène ira se reproduire dans le champ du voisin qui n'a pas voulu acheter ma semence. A son tour, ce dernier sera soumis à ma volonté. Demain, tous les paysans auront perdu leurs semences et cultiveront celles que je vends, ils pratiqueront l'agriculture industrielle que j'impose, les peuples ne mangeront que ce que je voudrai bien leur faire manger. si je veux qu'ils mangent. Adoré comme le bienfaiteur qui apporte la nourriture, je serai riche et dominerai la planète ".


Ce rêve fou, qui paraît caricatural quand on en rassemble ainsi tous les morceaux, est bien celui des promoteurs des biotechnologies. Mais pour qu'il se réalise, " encore faut-il que les paysans achètent mes semences et que je fasse voter les lois protégeant mes royalties. Pour vaincre leur réticence, je commence par donner mes OGM avec l'aide alimentaire dans les pays pauvres, ou sous prétexte de promotion. Pour le brevet sur le vivant, ou une protection équivalente de la propriété intellectuelle, l'Organisation Mondiale du Commerce les a rendus obligatoires, l'affaire est donc en bonne voie. Si les peuples continuent à se méfier, je sors de mon sac des loi dites de "biosécurité" prétendant mieux protéger la santé et l'environnement. Comme c'est moi qui évalue les risques, s'il y en a, je les cache. Cette méconnaissance des risques rassure les gouvernements qui ferment les yeux. Si cela ne suffit pas, je peux aussi mettre en scène des "essais " de recherche scientifique en promettant de sauver le monde de la faim ou de soigner des malades incurables (2). Comme ces essais et le marché noir contaminent les semences et les cultures, et que les Etats ne veulent pas se mettre hors-la-loi, ils doivent alors adapter leurs lois existantes à mes dérives, pour assurer la co-existence entre les cultures déjà contaminées et les autres. Je peux ainsi vendre légalement mes semences qui détruisent les leurs ".

Entre temps les récentes découvertes scientifiques ont abattu le " dogme central " de la biologie moléculaire : l'ADN n'est plus le secret de la vie, il ne détermine pas à lui seul le code des protéines, le génome est fluide et interactif (3). Le brevet n'a plus de raison d'être et les possibilités de recombinaisons génétiques génèrent d'immenses risques imprévisibles pour la santé et l'environnement. " Qu'importe, j'interdis aux scientifiques de publier leurs résultats, je coupe les financements et organise la diffamation de ceux qui me contredisent, puis je menace les politiques de délocalisation pour l'industrie et la recherche ".

Malgré ces plans diaboliques, l'agriculture biologique couvre encore, dans le monde, deux fois plus de surface que les OGM et ces derniers ne sont toujours pas cultivés massivement en Europe ni dans de nombreux pays. La prise de conscience des peuples saura-t-elle les arrêter à temps ?

Guy Kastler

chargé de mission à Nature & Progrès

Notes :

1 Lire " OGM versus organic ", Matthieu Calame, page 24 25

2 Lire "De la patate douce au coton amer", Cécile Rousseau, pages 32 et 33

3 Mae-Wan Ho, auteur de "Living with the Fluid Genome"

http://www.natureetprogres.org

tél : 04 66 03 23 40

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